le Récit du SKYBOLT F-PJCH
Raconté par le constructeur Jean-Claude DEVAUX
Samedi 6 Mai 2006, sur le terrain de Carpentras, il est 16 heures, le temps est beau pour l’instant, le vent est léger et dans l’axe de la piste.
Je viens de terminer les derniers essais moteur…R.A.S. Le matin même j’avais remplacé toute les bougies par des neuves mais je n’avais pas eu le temps de terminer avant midi, en début d’après midi ce fut chose faite.
J’appèle donc Hélène, mon épouse, pour lui dire que je suis prêt pour le premier vol. Elle arrive une demi-heure après accompagnée d’un de nos fils et nos quatre petits enfants. Je vais y aller ! Des amis pilotes sont là et chacun y va de son petit conseil, « surveille tes cadrans,  prends de la vitesse », etc. 
Je m’installe, me « brèle » ferme… casque, lunettes, gangs. Contact général, pompe, contacts magnéto le moteur démarre. Annonce radio et je roule vers la 31. Un instant d’arrêt au point d’essais moteur, le temps de grimper la température d’huile au bon chiffre. 
Nouvelle annonce, Charlie Hôtel au point d’essais je roule jusqu’au point d’arrêt. Là, je dois dire que ça se bouscule dans ma tête, ça part dans tous les sens ! Est-ce que tout est serré, claveté est-ce qu’il est vraiment prêt pour voler ? Je dois à tout prix oublier ces interrogations et ne penser qu’au petit programme de vol que j’ai échafaudé dans ma tête ! Dernier coup d’œil au tableau de bord, je lâche les freins et nouvelle annonce « Carpentras de Charlie Hôtel, alignement et décollage 31 » ! !. Cette phrase j’en ai rêvé pendant douze ans et maintenant… c’est pour de bon !. 
Sur la droite à demi-piste, j’aperçois mon fils François, mon petit fils Etienne et mes deux bons copains Guy et Marcel tous armés de caméras et appareils photo. 

J’étais aussi armé d’un appareil photo cette fin juillet 1990, devant ce biplan remarquablement construit, d’une finition exceptionnelle, exposé au milieu d’un carré de gazon. Il était là comme un bijou dans son écrin, c’était un acrosport monoplace et j’étais à Oshkosh. C’est pendant cette heure passée à regarder et photographier cette machine sous tous les angles que j’ai pris la décision de construire un avion et ça sera un biplan ! Le choix est grand ! Je me fixe sur deux modèles, le skybolt et l’acrosport, le skybolt plus imposant peut être équipé d’un plus grand choix de moteur qui va de 160 à 360 Ch. La DGAC m’informe que je pourrai sous laissez- passer utiliser un moteur surpuissant (circulaire 1962). Le choix est fait…. C’est le Skybolt avec un IO540 250 Ch que je construirai. 

Mars 94 la construction du gabarit pivotant du fuselage est commencé, en Août de la même année le fuselage est terminé et passe à la peinture. Le moteur est mis en place, les tableaux de bord sont posés, les circuits électriques sont câblés, le compartiment batterie installé. Nous sommes là, fin 95 et le temps passe vite, mon métier me prend tout mon temps. Suite à la première visite de l’inspecteur GSAC, la DGAC m’écrit pour me faire savoir que désormais elle ne délivrait plus de laissez-passer pour les moteurs surpuissants ! C’est le crack.. J’ai l’impression que tout s’écroule autour de moi, il me faut tout repenser. Si je passe à 200 Ch, il faut bien sur, refaire un bâti moteur mais aussi changer la batterie de place, de sa position à l’arrière du siège arrière elle passerait devant la cloison pare-feu ! Le câblage électrique serait à refaire aussi ! Ensuite trouver un moteur en état et une hélice qui va bien etc… ce n’est vraiment pas une opération neutre ! Le RSA et Christian Ravel me font savoir que le règlement va forcément évoluer car le problème se pose pour les répliques d’avions anciens ou d’armes, que la limite des 200 Ch va très certainement monter, que le futur règlement est à l’étude et qu’il me faut patienter et rester sur mon projet sans rien changer !
Marcel Parquet mon copain de l’association me découpe toutes les petites pièces métalliques et me construit les nervures de l’aile haute, ça m’avance beaucoup et je lui dois une fière chandelle. Petit à petit les saisons passent et la construction avance, mais lentement. Fin 99 les structures des ailes basses sont terminées, vient ensuite l’aile haute, le plus gros morceau ! 
Les entoilages polyfiber sont commencés en 2003, en même temps je fais les premiers essais moteur. Les peintures débutent en 2005 chaque élément démontable est peint séparément, notamment les tôles d’habillages du fuselage. 
Janvier 2006 sort la nouvelle circulaire concernant les avions équipés de moteur d’une puissance supérieure à 200 Ch…enfin le bout du tunnel ! Avril 2006 l’avion part pour le terrain de Carpentras, puis c’est le montage, les réglages, la pesée. 
L’inspecteur GSAC fait la dernière visite et quelques jours après je reçois le laissez-passer et les documents à remplir à la fin des quinze heures.

Me re-voila aligné piste 31, la main sur la commande des gaz, je pousse ça part vite, l’arrière déjauge rapidement (je vois enfin la piste au dessus du capot !) rotation et montée. Je surveille ma symétrie de vol et je cale le badin à 110 mph. L’avion monte fort, il respire la bonne santé. Et puis c’est la joie, le bonheur, ce sentiment indescriptible qu’ont dû ressentir tous ceux d’entre nous qui ont mis leur machine en vol pour la première fois. Quelques essais rapides, décrochage pour avoir une idée de la vitesse à tenir en finale, quelques virages et je savoure une sensation incroyable. Le poste de pilote étant très arrière il me fait découvrir l’ampleur du mouvement des ailes qu’induit une action sur le manche à droite ou à gauche. 
Le moment est venu de se poser. Compte tenu de l’absence de visibilité devant et dessous je prépare un atterrissage de piste, avec de la marge je prends 90 mph et ça se passe vraiment sans problème à tel point que sur l’enregistrement son de la caméra de Guy qui filmait ‘ l’attero’ on l’entend s’exclamer ‘ on dirait qu’il a fait ça toute sa vie’. C’est un beau compliment surtout pour l’avion. Le stress tombe enfin et là arrive les pensées pour ceux qui m’ont aidé Marcel, Josian les gars du GSAC, les copains, les discutions sans fin autour des plans du Skybolt.

Bref une très belle histoire que je suis heureux d’avoir vécue.
Les étapes de la construction du Skybolt ....           
                                                                                 
                                                                                 
                                                                                 
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